3 questions à Louise Nadeau, psychologue experte des sujets d’addiction

Membre du Comité des parties prenantes (CPP) de FDJ UNITED, Louise Nadeau est professeure émérite du département de Psychologie de l’Université de Montréal et récipiendaire de l’Ordre du Canada. Experte des sujets d’addiction, elle nous explique les leviers les plus efficaces pour prévenir les risques liés aux jeux d’argent et de hasard.

 

Y a-t-il un profil « type » de personnes vulnérables aux jeux d’argent et de hasard ?

Certains individus, notamment masculins, sont en effet davantage susceptibles de développer une pratique addictive. Les jeunes entre 12 et 21 ans sont particulièrement vulnérables. À cet âge, le cerveau humain n’évalue pas nécessairement la notion de risque. On constate aussi que les personnes ayant traversé des évènements marquants ou subi des traumatismes dans leur enfance sont plus susceptibles de développer des conduites à risque à l’âge adulte. Dans le cas du jeu, différentes études montrent que ce constat est valable aussi bien en Europe de l’Ouest qu’en Amérique du Nord et en Asie du Sud-Est, où c’est un secteur bien développé. Toutefois, il est important de rappeler que toute personne peut développer des comportements addictifs, favorisés par des facteurs environnementaux ou individuels.

Comment prévenir les addictions aux jeux et accompagner au mieux les joueurs à risque ?

Il est essentiel de mettre en place des programmes de prévention visant à lever les croyances erronées autour du jeu – par exemple, l’idée qu’un numéro « porte chance » ! Pour être réellement efficaces, ces programmes doivent être ciblés : on ne s’adresse pas de la même manière à des groupes de genre ou d’âge différents. Les médecins généralistes ont aussi un rôle clé à jouer, comme c’est déjà répandu pour le tabac ou l’alcool, pour sensibiliser leurs patients aux risques liés au jeu et repérer plus tôt les situations de vulnérabilité. Un accompagnement médical peut être enclenché pour les personnes souffrant de troubles anxieux ou dépressifs, notamment via des approches cognitives. Celles-ci sont efficaces car elles permettent de mieux comprendre les mécanismes psychologiques à l’œuvre dans le jeu, de déconstruire les croyances erronées et ainsi reprendre le contrôle sur ses pratiques. Dans tous les cas, la progressivité et le suivi dans la durée sont indispensables pour limiter les risques de rechute. 

Comment le Comité des parties prenantes se mobilise-t-il sur le sujet ?

Ce Comité est une instance qui réunit des profils externes à l’entreprise très diversifiés (scientifiques, professionnels du secteur, historiens…), ce qui permet de conduire des réflexions sur un temps long, en parallèle des activités de l’entreprise. Ensemble, nous réfléchissons aux évolutions de la société de façon plus large  exposition aux écrans, complexité des réseaux sociaux, développement de l’intelligence artificielle, cybercriminalité – et à la manière dont FDJUNITED peut y répondre de façon responsable. Au fil des discussions, un constat s’impose : le jeu n’est pas une activité anodine, mais il a toujours existé et continuera d’exister. La responsabilité est donc au cœur de nos travaux. Les réunions du Comité permettent d’éclairer FDJ UNITED sur la meilleure manière d’accompagner les pratiques des joueurs et de renforcer les dispositifs de prévention et d’auto-régulation. À titre personnel, je suis convaincue que la prévention et l’auto-contrôle sont plus efficaces que des lois trop sévères, qui risqueraient de renforcer l’offre illégale.